Edouard Estaunié ingénieur et écrivain spirite 1/4 : biographie officielle
Bonjour à tous, merci pour votre fidélité. Vous trouverez ici les grandes lignes de ma conférence du lundi 24 septembre 2018 aux Archives départementales de la Côte d'Or. Par commodité de lecture sur ce blog , j'ai découpé ma conférence en 4 parties, donc 4 articles.
Attention : après une 1ère mise en ligne en début de journée, je m'aperçois que les images intégrées aux § du texte apparaissent sur ordi, mais ne sont pas lisibles sur téléphone ! (les paramètres de l'hébergeur changent ...) Voici donc la 1ère partie remise à jour avec un plan en 4 articles pour une question de place.
1 biographie officielle
2 S comme EStaunié : la face cachée
3 Les expériences spirites d'Estaunié
4 bibliographie et sitographie en images
Voici pourquoi je me suis intéressée à Édouard Estaunié : au début des années 2000, quand j’ai emménagé à Dijon, je garais souvent ma voiture devant cette maison au n°29 de la place St Michel :
Sur laquelle il y a une plaque où l'on peut lire : «Cette maison inspira à Édouard Estaunié son roman Les choses voient 1913. ».
Ce titre qui me plaisait bien et qui me faisait gamberger. Je m’imaginais une histoire fantastique à mi-chemin entre la célèbre interrogation de Lamartine :
Objets inanimés, avez-vous donc une âme
Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?...
Et les objets dérangeants des tableaux de Magritte ou de Dali. Qui était ce célèbre Dijonnais pour lequel on avait émis un timbre en 1962, à l’occasion du centenaire de sa naissance? Et son roman avait donc été si important au point qu'on avait posé une plaque commémorative sur la maison qui l'avait inspiré ?
J'ai donc commencé à chercher à la Bibliothèque d'Etude de Dijon et merci au passage à Alexandre Bakker et à Sébastien Langlois, responsables du fonds Estaunié qui comprend 108 articles et 6ml !
J'ai donc appris que la mère d' Edouard Estaunié, d’un milieu bourgeois et bourguignon aisé, avait épousé en 2e noces Édouard Estaunié, né à Toulouse en 1830, polytechnicien et brillant ingénieur des Mines, qui était mort d’un accident professionnel (ou de typhoïde ?) en 1862, un mois avant la naissance de leur fils né

le 4 février 1862 à Dijon, 8 rue du Tillot où se trouve également une plaque. Et pour lui faciliter l’entrée dans la vie, sa mère lui a donné le prénom de son père qui venait de mourir, ce qui fait que, comme m’a dit un jour à propos de lui un pédopsychiatre : "comme ça il était déjà mort avant de naître ! »
Même si sa mère avait eu une fille d’un premier mariage, il vit en fils unique une enfance pas drôle du tout, entre sa mère et son sinistre et sévère grand-père, et il va à l’école des Jésuites à Dijon.
Vous voyez à quoi ressemble Dijon à l’époque ? Pour vous situer, en 3 images :

En 1862 Dijon est une bourgade très rurale, mais qui a de beaux restes du temps des Ducs et quelques vestiges des ruines de l’ancien château dont la démolition ne sera achevée qu’à la fin des années 1890.
Bourgade mais qui a l’eau courante et le chemin de fer, grâce à l’ingénieur Darcy. Une dizaine d’années avant, Napoléon III et l’impératrice Eugénie sont d’ailleurs venus inaugurer la gare, et admirer les tombeaux des ducs de Bourgogne.

Et pour vous situer, en 3 écrivains : en 1862, au moment où naît Estaunié, Victor Hugo a 60 ans, il est en exil à Guernesey et il publie Les Misérables, ce qui occasionne des embouteillages et des queues rue de Seine à Paris dès 6h du matin et on se bat pour acheter la 2e partie, comme aujourd’hui pour acheter le nouvel IPhone. Zola a 22 ans, a raté son bac et travaille chez Hachette. Maupassant a 12 ans, vit chez sa mère en Normandie et se fait renvoyer de chez les Jésuites.
Estaunié, lui, ne se fait pas renvoyer de chez les Jésuites! Il n’a pas intérêt : on le destine à devenir polytechnicien comme son père ! Il part donc poursuivre ses études à Paris où sa mère, qui possède un appartement rue Vaneau dans le 7e , le suit.
Même si à 7 ans il a commencé à en écrire en cachette, il ne devient pas écrivain tout de suite: à 20 ans, il sort diplômé de l’École Polytechnique et de l’École Supérieure de Télégraphie et il devient ingénieur.
Et à 27 ans, pour l’Exposition Universelle de Paris de 1889, celle de la tour Eiffel, il réalise, avec un collègue, le premier dispositif permettant de mesurer les courants électriques dans les lignes téléphoniques : ils obtiennent une médaille de bronze et les compliments d’Edison ! C’est aussi l’année où on nationalise le téléphone en France en le réunissant aux Postes et Télégraphes : 10 000 abonnés au tel en France en 1890.
A partir de là il gravit très rapidement les échelons et il mène une brillante carrière de haut-fonctionnaire : il dirige le développement du télégraphe et du téléphone en France et il est successivement :

Directeur de l’École d’Application des Postes et Télégraphes où il enseigne également. Il introduit l’enseignement des langues étrangères et prend sur son temps libre pour emmener les élèves ingénieurs au Musée du Louvre, considérant qu’un bon ingénieur doit avoir une solide culture générale.
Directeur du matériel et de la construction
Inspecteur général des Télégraphes
Il publie divers ouvrages scientifiques, dont en 1904 un Traité de communication électrique dans lequel, pour définir à la fois le télégraphe et le téléphone il invente le mot « télécommunication ». Mot particulièrement bien trouvé, au succès international immédiat et suffisamment large pour y inclure aussi nos modes de communication actuels, puisqu’aujourd’hui encore on n’en a pas trouvé de meilleur.
C’est dire si dans son métier il a été un ingénieur moderne, audacieux, novateur, voire visionnaire pour les progrès qu’il a fait accomplir aux futures Télécom.

Suffisamment reconnu pour que à l’École Supérieure des Telecom de Paris, actuelle Telecom Paris Tech dans le 13ème arrondissement, il y ait un amphithéâtre moderne qui porte son nom : Amphi Estaunié,
Et pour que les Télécom Physique Strasbourg, anciennement École Nationale Supérieure de Physique de Strasbourg ait donné à sa promotion 2011 le nom de « promotion Édouard Estaunié »
Mais ce n’est pas tout :
Pendant la Première Guerre mondiale, alors qu’il n’est déjà plus tout jeune, il devient Inspecteur général du Grand Quartier britannique pour les liaisons franco-anglaises et il assure la liaison télégraphique du quartier général anglais jusqu’en 1917.
En 1919, il préside la Commission de liquidation des biens allemands en Alsace-Lorraine
Et ce n’est toujours pas tout :
Pendant ses loisirs, et en 1911, après une demande de mise en disponibilité de ses fonctions officielles, il poursuit son idée d’enfance et il écrit une bonne quinzaine de romans, ce qui lui vaut :
En 1908, le prix Fémina pour son roman La Vie secrète. En 1923 l’élection à l’Académie française, carrément ! mais ça n’a l’air de le faire sourire !
Et c’est pas encore tout, du tout :
En 1924, il est à l’initiative de la création de La Société des Amis du Musée de Dijon dont il devient président.

Il devient également Président de l'Académie des Sciences, Arts et Belles Lettres de Dijon.
De 1925 à 1942, il est président de l’Association bourguignonne des sociétés savantes
En 1926 il est président de la Société des Gens de Lettres de France
Il est aussi commandeur de la Légion d’Honneur, décoré du DSO britannique et de l'ordre de Léopold de Belgique.
Et consécration suprême : dans les années 60, il est dans les manuels scolaires de Littérature du XXe siècle : au chapitre « Ordre et Tradition » dans le Castex et Surer, et au chapitre « Le roman avant 1914 » dans le Lagarde et Michard.

Et voilà une vie bien remplie ! mais ce n'est que la face officielle du personnage, celle que l'on trouve sur les sites des institutions culturelles qui lui sont consacrés.
Mais il est aussi un autre, il a une face cachée méconnue. Je vais l’orienter côté sombre et spirite dans le prochain article où il ne sera plus tout à fait le même ! A suivre ...

A bientôt !

















